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14 Juillet 2026
Le Rectorat de l’Université d’État d’Haïti a accueilli, le 13 juillet 2026, une causerie exceptionnelle avec l’académicien Dany Laferrière autour du thème « L’enfance d’un écrivain ».
Organisée dans le cadre de la tournée de l’écrivain en Haïti sur invitation de l’UEH, cette rencontre a réuni étudiants, professeurs et responsables universitaires pour un échange riche sur la littérature, la mémoire et la création.
Dans son allocution d’ouverture, le Recteur Dieuseul Prédélus a souligné la portée symbolique de cette visite pour l’institution universitaire.
Pour lui, « l’Université d’État d’Haïti ne saurait se cantonner à la seule formation académique.
Elle est aussi gardienne de la mémoire et de l’imaginaire du peuple.
La littérature haïtienne constitue un patrimoine que l’université a le devoir de documenter, d’enseigner et de faire rayonner ».
Par ailleurs, au-delà de l’hommage rendu à l’académicien, Prédélus a annoncé la volonté de l’UEH de renforcer les liens entre le monde universitaire et la création littéraire.
Il croit qu’il faudra absolument faire entrer les œuvres haïtiennes dans nos bibliothèques, dans nos mémoires de master, dans nos thèses de doctorat et dans nos colloques.
Il en a profité pour inviter les étudiants à saisir pleinement cette occasion de dialogue avec l’un des écrivains haïtiens, les plus lus au monde, qui est une part de nous-mêmes.
D’entrée de jeu, l’écrivain Dany Laferrière, très ému, s’est dit profondément touché du fait qu’il ait été reçu pour la première fois en Haïti dans un cadre officiel par une institution universitaire étatique, estimant que cette reconnaissance venant de son pays natal tient pour lui une valeur particulière.
Revenant sur la genèse de « L’Odeur du café », Dany a expliqué que ce livre était longtemps resté en lui avant d’être écrit. « J’ai passé mon enfance à Petit-Goâve, à quelques kilomètres de Port-au-Prince ».
Pour l’écrivain, cette phrase inaugurale résume une règle essentielle de l’écriture : commencer simplement. Il a raconté comment la redécouverte du nom de Petit-Goâve lui avait révélé toute la force poétique de son lieu d’enfance.
Au cœur de cette enfance se trouve la figure de sa grand-mère, Da, assise sur la galerie avec sa cafetière.Lors de cette causerie conduite par la professeure Darline Alexis et l’étudiante en Master de littérature Francesca Mintor, Dany Laferrière a estimé que sa grand-mère ne racontait pas de contes traditionnels, mais des histoires de la vie quotidienne, peuplées de personnages réels.
C’est auprès d’elle qu’il a appris l’art de suspendre le récit, de créer l’attente et de captiver l’auditeur.
Interrogé sur la place de la politique et des crises dans son œuvre, Dany Laferrière a expliqué qu’il avait choisi de ne pas laisser le malheur occuper tout l’espace de son imaginaire. « Je ne peux pas être à la fois la maladie et le remède », a-t-il dit.
Évoquant aussi bien le racisme en Amérique du Nord que la dictature en Haïti, il a affirmé que l’écrivain devait parfois faire « un pas de côté » pour continuer à voir les êtres, les gestes et les détails qui composent la vie réelle.
Tout au long de la rencontre, l’auteur a livré une véritable leçon d’écriture aux étudiants. « N’expliquez pas. Montrez », leur a-t-il recommandé.
Pour Laferrière, une image précise vaut mieux qu’un long commentaire. Il a donné l’exemple de la pluie à Petit-Goâve et de cette « trente-sixième rangée de briques » où les passants s’arrêtent pour éviter d’être mouillés, détail concret qui rend immédiatement la scène vivante aux yeux du lecteur.
Abordant sa série des Vava, l’académicien a défendu une conception exigeante de la littérature jeunesse. Il reste persuadé que les enfants sont des lecteurs plus intelligents que nous.
A cet effet, il a expliqué que l’enfant peut relire le même livre des dizaines de fois et y découvrir des détails invisibles aux adultes.
Répondant aux questions des étudiants sur la nostalgie, la solitude de l’écrivain et les difficultés de créer dans le contexte haïtien actuel, Dany Laferrière a rappelé que l’écriture demeure une expérience profondément personnelle.
Il a encouragé les jeunes auteurs à se méfier des artifices, à éliminer les phrases inutiles et à faire confiance à leur propre regard sur le monde.
« Tuez vos phrases chéries quand elles ralentissent le récit. », a-t-il conseillé aux jeunes étudiants.
La causerie s’est tenue dans une ambiance conviviale. A l’issue des échanges formels, l’écrivain a tenté de répondre aux multiples questions des étudiants.
Dany Laferrière n’a pas seulement parlé de son enfance, il a surtout offert à la communauté universitaire une réflexion profonde sur la mémoire, la liberté créatrice et la puissance de la littérature comme espace de résistance et d’invention de soi.
Véritable matinée d’immersion dans la culture !