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21 Septembre 2026
Par Bwapiwo
Dans la cité de Jean-Jacques Dessalines, le sang coule, les sanctuaires s'effondrent et le peuple crie.
Alors que la population subit l’assaut dévastateur d’une violence criminelle sans précédent, un constat amer s’impose : les serviteurs et leaders du monde ésotérique, spirituel et mystique du pays jadis célébrés comme les gardiennes de l’identité nationale font preuve d'une impuissance et d'une passivité révoltantes.
Face à la barbarie des gangs armés, cette démission collective oblige à bousculer les dogmes et à poser une question fondamentale : si les puissances invisibles en lesquelles Haïti croit sont réelles et puissantes, où est leur intervention pour sauver la patrie ?
Pendant des siècles, l’histoire d'Haïti s’est écrite au rythme du surnaturel.
De la nuit sacrée du Bois-Caïman aux rituels qui ont guidé les pères de l’Indépendance, le monde invisible a toujours été le bouclier de la liberté.
Aujourd'hui, ce bouclier semble s'être retiré, laissant le champ libre à la terreur.
L'indexation des serviteurs : la lâcheté et la trahison du pacte
L'effondrement commence par la faillite des hommes. Le paradoxe actuel est insoutenable : d'un côté, les gangs profanent le Grand Cimetière de Port-au-Prince, incendient les églises et chassent les houngans de leurs péristiles.
De l'autre, ces mêmes criminels s’affichent fièrement, bardés de gads et de protections occultes, revendiquant une invulnérabilité mystique face aux balles.
Ces blindages sacrés sont le produit d’un marché de l'ombre où certains serviteurs déchus du monde ésotérique, mus par l'avidité, monnaient leurs secrets aux assassins.
Quant à la majorité des dirigeants spirituels restés honnêtes, ils ont choisi la fuite ou le silence feutré de l'exil, abandonnant leurs autels et leurs fidèles.
En se laissant chasser sans opposer le moindre sursaut de conscience, ces guides humains ont failli à leur mission.
Sortir du « Tèt mare » pour interpeller l'invisible
Mais la réflexion doit aller plus loin que la simple critique humaine.
Il faut arracher le bandeau du « depi w se relijye, ou se tèt mare » (la soumission aveugle qui interdit de réfléchir).
Sortir du tèt mare, ce n'est pas nier l'existence des forces surnaturelles ; c'est au contraire exiger d'elles qu'elles assument leur puissance.
Il arrive trop souvent dans les sanctuaires que les esprits, par la voix des possédés, rejettent cyniquement la faute sur les humains en disant :
« Si j'avais été là, cela ne serait pas arrivé ». Mais une force authentique, libre et souveraine, qui n'est limitée ni par les os ni par la chair, ne peut pas s'excuser de son absence au moment où l'innocent se fait massacrer.
Si ces forces spirituelles qu'elles soient ancestrales, angéliques ou divines ont accepté les offrandes, les prières et le sang des Haïtiens pendant des générations, elles ont contracté une dette.
Elles ont l'obligation légitime, le devoir sacré d'accompagner leurs serviteurs au cœur du danger.
Elles ne peuvent pas abandonner la cité de Dessalines à des forces de basse vibration et à des pactes de sang criminels.
L'appel au sursaut et le retour de la pluie de riresLe vieux précepte « dyab manje dyab, dyab pa fè dyab pè » ne doit plus être le slogan d'une guerre de destruction mutuelle où le peuple sert de chair à canon.
Il doit devenir le cri d'une justice spirituelle implacable.
Les véritables forces de lumière et de protection doivent se lever pour neutraliser et dévorer les énergies noires qui alimentent les gangs.
La véritable spiritualité n'est pas une posture de façade qui ne brille que dans la paix des temples et s'éteint dès que les armes crépitent.
La foi authentique est une force de combat.
Face au chaos d'Haïti, l'heure n'est plus à la résignation ou à la peur, mais à une sommation spirituelle : les puissances invisibles doivent faire jaillir leur foudre pour briser la tyrannie de la rue.
C'est à ce prix, et par ce réveil conjoint de la conscience des hommes et de la puissance des dieux, que la terre d'Haïti verra enfin tomber sur elle la bonne pluie de la paix, de la dignité et des rires retrouvés.